Le mot promet, les horaires démentent
Le 23 septembre 2026 à 02 h 05, heure de Paris, le centre du Soleil franchit l’équateur céleste. C’est l’instant précis de l’équinoxe d’automne. Le mot vient du latin aequinoctium, composé de aequus, égal, et nox, nuit. Attesté en français vers 1210, il porte sa promesse dans ses syllabes : une nuit égale au jour.
Les éphémérides de ce même 23 septembre donnent pour Paris un lever à 07 h 38 et un coucher à 19 h 47. Durée du jour : 12 h 09, soit neuf minutes de plus que douze heures. Ce dépassement se reproduit chaque année à l’équinoxe, partout sur Terre, toujours dans le même sens. Son ampleur varie selon la latitude.
Le jour se compte au bord, pas au centre
Quand les éphémérides annoncent l’heure du lever, elles désignent l’instant où le bord supérieur du disque solaire apparaît sur l’horizon. Pour le coucher, c’est l’instant où le dernier bord disparaît. Pas le centre : le bord.
Le Soleil n’est pas un point. Son diamètre apparent, tel que retenu dans les calculs d’éphémérides, mesure environ 32 minutes d’arc, soit un peu plus d’un demi-degré. Chaque matin, le jour s’ouvre donc alors que le centre du disque est encore sous l’horizon. Chaque soir, il se referme alors que ce même centre est déjà passé dessous. Aux deux bouts, vous récupérez l’équivalent d’un demi-disque.
L’atmosphère rehausse l’image
L’air courbe les rayons au voisinage de l’horizon : il rehausse la position apparente du disque de 34 minutes d’arc en moyenne. L’image du disque devance donc son lever géométrique le matin, et s’attarde le soir après son coucher géométrique.
Additionnez : 34 minutes d’arc de réfraction, plus 16 minutes d’arc de demi-diamètre. Aux instants conventionnels de lever et de coucher, pour un horizon plat et dégagé et une réfraction normale, le point central du disque se situe à 50 minutes d’arc sous l’horizon. Conséquence étrange : lorsque le disque couchant paraît encore intégralement assis sur la ligne d’horizon, il est géométriquement déjà passé dessous tout entier. La réfraction seule dépasse le diamètre du disque.
L’égalité existe, mais pas à cette date
La durée du jour raccourcit vite en cette saison : 3 à 4 minutes par jour à Paris. Le surplus de neuf minutes fond en deux ou trois jours. Le 25 septembre 2026, le jour dure encore 12 h 01 ; le 26, il tombe à 11 h 57. La bascule se joue entre les deux.
Cette date d’égalité réelle dépend de la latitude. Vers 40° nord, elle tombe autour du 26 septembre. Plus près de l’équateur, elle s’éloigne : vers 5° de latitude, c’est plutôt autour du 15 octobre. À l’équateur même, le jour oscille entre 12 h 07 et 12 h 08 aux équinoxes et aux solstices : les douze heures pile n’y sont pas atteintes.
L’égalité a une adresse, pas une date
Le mot équinoxe ment avec élégance. Il décrit un monde de géométrie pure, sans disque ni air. Ce monde n’existe pas.
L’égalité promise finit par arriver, quelques jours après l’équinoxe. Mais elle n’a pas de date universelle : chaque latitude a la sienne, comme un rendez-vous qu’on fixe à des heures différentes selon l’endroit où l’on se tient.
