La pluie fait fondre la pierre
L’eau de pluie n’est pas pure. En traversant l’atmosphère elle dissout un peu de gaz carbonique et devient légèrement acide. Quand elle ruisselle sur les roches, cette acidité discrète détache des ions : du sodium, du calcium, du chlore, un peu de tout ce qui compose la croûte terrestre. Les rivières les emportent vers la mer, goutte à goutte.
Dans un seul litre d’eau douce, la quantité de sel est dérisoire : quelques milligrammes. Mais multipliée par les milliers de kilomètres cubes de rivière qui rejoignent l’océan chaque année, et par les 4 milliards d’années que la Terre a mis à faire tourner cette machine, le compte devient massif.
Le Soleil concentre, l’eau part
L’autre moitié de l’explication, c’est l’évaporation. Le Soleil arrache l’eau de surface à l’océan et la renvoie dans le ciel, d’où elle retombe en pluie. Mais quand la mer s’évapore, elle ne prend que l’eau : le sel reste derrière, dissous dans ce qui n’est pas parti.
L’océan fonctionne donc comme une cocotte très lente. Les fleuves déversent du sel, l’évaporation retire de l’eau, et le sel s’accumule jusqu’à un équilibre. Aujourd’hui on compte environ 35 grammes de sel par litre dans les océans : assez pour qu’un cube d’un mètre d’eau de mer renferme près de 35 kilos.
Des mers plus salées que d’autres
Toutes les mers n’ont pas la même concentration. La Méditerranée, bassin quasi fermé battu par un soleil intense, titre autour de 38 grammes par litre. La Baltique, froide et peu évaporée mais nourrie par de nombreux fleuves, tombe sous les 10 grammes. La mer Morte, qui n’a aucune sortie et cuit sous le désert, dépasse 340 grammes par litre, dix fois l’océan, presque la limite de saturation. On y flotte sans effort, et on n’y plonge pas la tête : l’eau pique.
Chaque mer raconte ainsi un petit équilibre entre ce qu’elle reçoit et ce qu’elle laisse partir.