Une date d’apparition… impossible à fixer
On trouve l’une des premières traces écrites de l’expression “poisson d’avril” en français chez Pierre Michault dans Le Doctrinal du temps présent en 1466, puis chez Eloy d’Amerval autour de 1508. Mais à cette époque, le mot ne veut pas forcément dire “farce” : il désigne plutôt un entremetteur, un porteur de billets doux qu’on charge des affaires des autres. L’usage moderne, celui d’une plaisanterie qu’on fait un 1er avril et d’un faux poisson qu’on colle dans le dos, ne devient solide qu’au XVIIᵉ siècle.
Autrement dit : on pratique le poisson d’avril depuis plus longtemps qu’on ne sait vraiment pourquoi.
L’hypothèse du calendrier bousculé
L’explication la plus racontée est la suivante. Avant la réforme du calendrier, l’année commençait en France à des dates variables selon les diocèses : Pâques, le 25 mars (Annonciation), parfois le 1er mars ou début avril. Les étrennes et les fêtes du nouvel an tombaient donc au sortir de l’hiver.
Puis le roi Charles IX signe l’édit de Roussillon, en 1564, qui fixe officiellement le début de l’année au 1er janvier. Il aurait alors fallu du temps pour que tout le royaume s’habitue. Ceux qui, par tradition ou par mégarde, continuaient à offrir leurs vœux en avril se seraient fait moquer. On leur aurait offert de faux cadeaux et des poissons en papier pour railler leur retard.
L’histoire est élégante. Elle circule depuis le XIXᵉ siècle. Mais les historiens sont prudents : aucune source de l’époque ne fait explicitement le lien entre l’édit royal et la coutume des farces. Le poète flamand Eduard de Dene évoque même, dès 1561 (trois ans avant l’édit) un noble qui envoie son valet faire des courses absurdes le 1er avril. L’explication a probablement été construite plus tard pour donner du sens à une tradition dont la vraie origine s’était perdue.
Autres pistes, plus modestes
Il en existe plusieurs. Le 1er avril tombe à la fin du signe astrologique des Poissons, ce qui pourrait expliquer le symbole. Dans la tradition chrétienne, le Carême s’achève autour de cette période ; le poisson, aliment du jeûne, devenait alors une image partagée. Et plus simplement, le printemps naissant appelle la légèreté. Beaucoup de cultures placent leurs traditions de farces en mars ou avril : les April Fools anglophones, le Día de los Santos Inocentes espagnol (le 28 décembre), le Sizdah Bedar persan.
Le plus probable est qu’aucune de ces pistes n’est seule responsable. Le poisson d’avril est un mille-feuille de coïncidences historiques, auquel chaque génération a ajouté sa couche — la blague, le faux poisson dans le dos, le faux article de presse, et maintenant le faux tweet. La tradition s’est propagée bien plus efficacement que son explication.