À l'Assemblée nationale de 1789, les partisans du roi étaient à droite du président, les révolutionnaires à gauche. Le mot est resté.
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Pourquoi parle-t-on de « gauche » et de « droite » en politique ?

La réponse courte — Parce qu'à l'Assemblée nationale française de 1789, les partisans du roi se sont assis à droite du président, les révolutionnaires à gauche, et le mot est resté, bien après que les chambres et les régimes aient changé.

Une assemblée qui choisit un côté

À l’automne 1789, la France révolutionnaire vient d’abolir les privilèges et doit reconstruire son régime politique. L’Assemblée nationale constituante débat alors d’une question brûlante : le roi aura-t-il un droit de veto sur les lois votées par les députés ? Oui sans limite, oui temporaire, ou non absolu ?

Les débats sont houleux, les factions s’écharpent. Pour éviter de mélanger dans le même rang des orateurs qui s’insulteraient, une pratique simple s’installe. Les partisans de préserver l’autorité du roi (ceux qui veulent lui laisser un veto) prennent l’habitude de s’asseoir à la droite du président de séance, considérée depuis l’Antiquité comme la place d’honneur. Les opposants, radicaux et réformateurs, s’installent à gauche. Au centre, une masse flottante qu’on baptisera “Marais” ou “Plaine” sous la Convention de 1792.

Ce choix est au départ purement pratique : on se regroupe avec les gens qui pensent comme nous. Mais il va durer.

De la salle au mot

Les députés gardent ces places. D’une session à l’autre, d’un régime à l’autre, la géographie politique se fige. Sous la Restauration (années 1820), les expressions s’installent durablement dans le langage parlementaire : côté droit pour les ultras et conservateurs, côté gauche pour les libéraux. Mais leur diffusion dans la presse comme étiquettes d’identité politique sera plus tardive : il faudra attendre la fin du XIXᵉ siècle et le début du XXᵉ pour que la droite et la gauche deviennent des catégories courantes au-delà de l’hémicycle.

Le vocabulaire s’exporte. À mesure que d’autres pays européens adoptent des assemblées parlementaires au XIXᵉ siècle, les termes suivent : Left / Right en anglais, Links / Rechts en allemand, Sinistra / Destra en italien. Partout, la même métaphore, partout le même héritage d’une salle parisienne de 1789.

Et si ça avait été l’inverse ?

Il n’y a rien de nécessaire dans cette répartition. Si le président de l’Assemblée de 1789 avait été assis à l’envers, si les monarchistes s’étaient installés à gauche de lui par hasard ou par commodité, nous parlerions aujourd’hui d’un “virage à gauche” pour désigner un choix conservateur. Le contenu politique n’a aucun lien avec la latéralité : seule l’habitude d’une salle particulière a pétrifié la métaphore.

Et pourtant le mot a survécu à presque tout : à la fin de la monarchie qui l’avait vu naître, à la République, à l’Empire, à la Restauration, à plusieurs Républiques encore. Il a survécu à des hémicycles qui ne respectent plus la géographie d’origine, à des parlements semi-circulaires où la métaphore est presque vidée de sens, à des systèmes politiques sans chambre physique du tout.

On parle encore, en 2026, de gauche et de droite — parce qu’à l’automne 1789, dans une salle de Versailles, il a fallu choisir où s’asseoir.

Sources