Une dispute Edison vs Bell sur le mot du décroché. Un objet neuf qu'il fallait, vite, savoir comment ouvrir.
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Pourquoi dit-on « allô » au téléphone ?

La réponse courte — Parce qu'Edison a imposé « Hello » comme formule pour décrocher, contre l'« Ahoy » que défendait Graham Bell. Le mot a essaimé dans les premières compagnies de téléphone, et le français en a tiré « allô », une greffe directe de l'anglais.

Edison contre Bell, la première dispute du décroché

Quand le téléphone fait son apparition, à la fin des années 1870, personne ne sait encore quoi dire en décrochant. La chose est neuve, le geste aussi. Graham Bell, qui a inventé l’appareil, propose qu’on lance un sonore « Ahoy! », l’appel des marins quand ils hèlent un autre navire au loin. C’est marin, c’est solennel, et c’est ce qu’il dira lui-même au téléphone toute sa vie.

Thomas Edison, lui, n’a pas inventé le téléphone, mais il le perfectionne et l’industrialise. Et il a une autre idée. Le 15 août 1877, dans une lettre adressée à T. B. A. David, le président d’une compagnie de télégraphe à Pittsburgh, il glisse cette phrase devenue célèbre :

Je ne pense pas qu’il faille de sonnerie. Hello! peut s’entendre à dix ou vingt pieds.

Une formule de pure efficacité : un mot court, percutant, qui couvre la mauvaise qualité audio des premiers réseaux. Il n’est pas inventé pour l’occasion — halloo existait en anglais depuis le Moyen Âge comme cri de chasse pour appeler l’attention au loin. Edison le recycle, en gomme une lettre, et en fait un usage.

Comment « hello » bat « ahoy »

Ce qui tranche la querelle, ce ne sont pas les inventeurs, c’est le terrain. Les premières compagnies de téléphone embauchent des opérateurs (puis très vite des opératrices) pour relier les appels à la main, dans des centraux. Il leur faut une formule unique, qu’on puisse répéter mille fois par jour sans s’écorcher la gorge. Hello gagne sur ahoy parce qu’il est plus court, plus chaud, et parce que le premier annuaire-manuel du téléphone, publié à New Haven en 1878, le recommande explicitement à ses abonnés.

À mesure que le réseau s’étend en Europe, le mot voyage. En français, hello est francisé en « allô », accent aigu, deux l, conservant la sonorité de l’anglais sans en garder l’orthographe. La greffe est si nette que beaucoup pensent encore que le mot est français.

Le tour du monde des décrochés

Toutes les langues n’ont pas pris la même décision. En italien, on dit Pronto, littéralement « prêt », héritage du temps où l’on demandait à l’opératrice si la ligne était disponible. En japonais, Moshi-moshi est une formule rassurante, qu’on disait à l’origine pour prouver qu’on n’était pas un yōkai, un esprit, censé incapable de répéter le même mot deux fois. En espagnol, ça varie selon les pays : Diga en Espagne (« dis »), Bueno au Mexique (« bon »), Aló en Colombie. En russe, Алло est emprunté via le français.

Le « allô » français appartient donc à une famille étrange : celle des mots qui n’existent que parce qu’un objet est apparu un jour, et qu’il a fallu, vite, un son pour l’ouvrir.

Une étymologie alternative, plus rarement citée, attribue le mot à l’inventeur hongrois Tivadar Puskás, contemporain d’Edison et pionnier des centraux téléphoniques. Il aurait crié « hallom! » (« je l’entends ! » en hongrois) lors de la mise en service d’un de ses centraux. La légende est belle. La documentation, mince.

Sources