Sept astres qui bougent
Dans la Mésopotamie antique, les astronomes babyloniens observaient le ciel à l’œil nu et constataient que sept corps célestes ne restaient pas fixes comme les étoiles. Le Soleil, la Lune, et cinq “étoiles errantes” qu’on appellerait plus tard Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne. En grec ancien, planētēs signifiait d’ailleurs “errant”.
Ces sept objets semblaient donc régir le ciel visible. Les Babyloniens leur ont attribué chacun une heure, puis un jour, et ont fabriqué un cycle de sept. L’ordre des jours qu’on utilise aujourd’hui reflète encore cette origine : lundi (Luna, la Lune), mardi (Mars), mercredi (Mercurius), jeudi (Jovis, Jupiter), vendredi (Venus), samedi (Saturnus). Seul le dimanche, initialement dédié au Soleil (dies Solis, encore lisible dans l’anglais Sunday), a été rebaptisé en latin chrétien dies Dominicus, le jour du Seigneur.
Une adoption religieuse et impériale
Le cycle babylonien s’est propagé par deux canaux. D’un côté, la tradition hébraïque l’a adopté très tôt : le récit biblique de la Création en sept jours, avec le septième réservé au repos (shabbat), a ancré la semaine de sept jours dans le judaïsme, puis dans le christianisme et l’islam naissants.
De l’autre, Rome. L’Empire utilisait au départ une semaine commerciale de huit jours, les nundinae. Mais le cycle de sept venu d’Orient, porté par les astrologues et les religions, finit par s’imposer dans les pratiques courantes. L’empereur Constantin officialise la semaine de sept jours dans tout l’Empire en 321 de notre ère, en y ajoutant un jour de repos obligatoire, le dimanche.
À partir de là, la semaine de sept jours voyage partout où l’Europe s’étend.
D’autres ont essayé, sans succès
La semaine de sept n’a rien d’astronomiquement nécessaire : aucune durée céleste ne la commande. Plusieurs régimes ont donc tenté de la remplacer.
La France révolutionnaire institue en 1793 la décade, une semaine de dix jours censée rompre avec l’héritage religieux. Elle tient neuf ans, puis Napoléon enterre l’expérience en 1802. L’URSS, elle, tente entre 1929 et 1931 une semaine de cinq jours, puis de six, pour fluidifier la production industrielle : elle échoue à synchroniser les familles et rétablit les sept jours. L’Égypte ancienne comptait des semaines de dix jours (les décans). La Chine impériale, des cycles de dix aussi. Aucun de ces systèmes n’a tenu.
Sept, ce n’est ni un cycle lunaire exact ni un quart de cycle précis. Mais c’est assez court pour se souvenir, assez long pour respirer — et surtout, une fois qu’un rythme est adopté par assez de monde, plus rien ne peut le déloger.