Sur un arrière-plan beige clair, douze plaques aux angles adoucis et bordées de bleu nuit s'alignent ; les huit de gauche, pâles, dont deux légèrement superposées, sont surmontées de stries inclinées, tandis que les quatre de droite, à la teinte ocre vieilli, portent des entailles regroupées par cinq, en quantités croissantes.
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Pourquoi septembre veut dire sept alors que c'est le neuvième mois ?

La réponse courte — Parce que l'année romaine, selon la tradition, commençait en mars. Septembre y occupait bien la septième place. Quand janvier et février ont été placés devant mars, tous les rangs ont glissé de deux, mais personne n'a renuméroté les mois. Les noms numériques sont restés, figés comme des étiquettes sur des boîtes qu'on a déplacées.

Quatre chiffres, tous faux du même écart

Septembre dit sept. Octobre dit huit. Novembre dit neuf. Décembre dit dix. Or septembre est le neuvième mois de notre année, octobre le dixième, novembre le onzième, décembre le douzième. Quatre noms, quatre chiffres, et tous se trompent exactement de deux.

Ces noms nous viennent du latin. Le français les a hérités, comme d’autres langues d’Europe, sans que ce soit le cas de toutes. September vient de septem, sept. October d’octo, huit. November de novem, neuf. December de decem, dix.

L’année qui commençait en mars

Selon la tradition romaine, transmise par des auteurs qui écrivaient bien longtemps après les événements qu’ils décrivent, la première année ne comptait que dix mois. Elle s’ouvrait en mars et se fermait en décembre : 304 jours au total. Dans ce découpage, chaque nom numérique disait vrai. Quintilis était le cinquième, Sextilis le sixième, September le septième, October le huitième.

Puis, toujours selon la tradition, deux mois ont été ajoutés : janvier et février. L’année passa à 355 jours. Le point crucial : ces deux mois ont été insérés devant mars, ouvrant désormais la série. C’est ce placement qui décale tous les rangs de deux. Macrobe le relève : le mois conserve l’appellation de son ancienne place « alors qu’il ne paraissait plus être le cinquième, mais le septième ». Plutarque écrit qu’en plaçant janvier et février avant mars, on a nommé ce mois « cinquième » tout en le comptant septième.

Les noms ont dit vrai un jour. Le comptage a bougé, pas eux.

L’année des consuls bascule, les noms restent

En 153 av. J.-C., un fait attesté se produit : les consuls romains prennent leurs fonctions au 1er janvier. Avant cette date, leur entrée en charge pouvait tomber aux ides de mars, le 15. La source antique donne un motif laconique : une rébellion en Hispanie. Rien de plus.

Cette décision déplace le début de l’année politique. Pas un mois ne change de nom, pas un ne change de place. Les noms numériques, déjà devenus des étiquettes figées, restent sur place. Le décalage n’est pas une erreur commise ce jour-là : il existait déjà, produit par le placement de janvier et février devant mars. Ce que 153 av. J.-C. confirme, c’est qu’aucune autorité ne se charge de remettre les chiffres en accord avec le nouveau point de départ.

Renommer était possible, personne n’a renuméroté

La preuve que changer un nom de mois ne posait pas de problème technique : deux renommages ont tenu. Julius et Augustus ont remplacé Quintilis et Sextilis, et ces noms sont restés. La réforme julienne de 46 av. J.-C., qui recalait les saisons en portant l’année à 365 jours, n’a touché aucun nom.

D’autres empereurs ont tenté de renommer. Caligula, Néron, Domitien, Commode : chaque fois, les appellations d’origine ont fini par être rétablies.

Pourquoi personne n’a jamais corrigé les quatre chiffres faux ? Les nombres hérités survivent à leur raison d’être parce que les remplacer coûterait à tous. Changer un nom de mois oblige tout le monde à se réaccorder en même temps, alors qu’une étymologie fausse ne dérange personne dans la vie courante. Le chiffre enfoui dans ces noms, plus personne ne l’entend spontanément : il faut remonter au latin pour percevoir que septembre dit « sept ». Dès lors que le mot ne porte plus son sens à l’oreille, rien ne presse de le réparer.

Treize Césars

Le Sénat propose à Tibère, successeur d’Auguste, de donner son nom à un mois. Tibère refuse. Selon Dion Cassius, qui écrit deux siècles plus tard, il aurait répondu : que ferez-vous quand il y aura treize Césars ?

La question n’a jamais été posée pour les chiffres. Personne n’a proposé de renuméroter septembre, octobre, novembre et décembre. Le Sénat offrait des mois aux empereurs, pas des corrections aux nombres.

Sources