Une feuille n’est pas verte, elle est peinte en vert
Une feuille contient toujours plusieurs pigments à la fois. Le plus abondant, la chlorophylle, absorbe la lumière rouge et bleue et renvoie le vert : c’est la couleur qu’on voit. Mais à côté d’elle vivent déjà des jaunes et des oranges : les caroténoïdes, les mêmes qui colorent les carottes et les feuilles des ginkgos. En été, ils sont masqués. La chlorophylle est produite en continu et domine tout.
L’automne coupe le robinet
Quand les jours raccourcissent et que les nuits se rafraîchissent, l’arbre reçoit un signal : l’hiver arrive, les feuilles vont coûter plus qu’elles ne rapportent. Une fine cloison de cellules se forme à la base du pétiole, prête à larguer la feuille. La circulation de sève ralentit, puis s’arrête.
Privée de ses apports, la chlorophylle cesse d’être renouvelée. Elle se dégrade en quelques jours, et le vert s’efface. Les pigments jaunes qui étaient là depuis le printemps, soudain, deviennent visibles. La feuille n’a pas changé de composition — elle a simplement perdu ce qui cachait le reste.
Le rouge, lui, est fabriqué exprès
Les teintes jaunes sortent donc d’une révélation. Mais le rouge, c’est autre chose : il est créé au moment où la feuille va mourir. Certaines espèces (érables, chênes rouges, sumacs) synthétisent activement des pigments rouges appelés anthocyanes pendant l’automne. Ce n’est pas un reste de l’été, c’est une production nouvelle, qui mobilise de l’énergie alors que l’arbre se met en veille.
Personne n’a totalement tranché son utilité. Les meilleures hypothèses : protéger la feuille d’un excès de lumière pendant qu’elle récupère encore ses nutriments, repousser certains insectes qui viendraient y pondre, ou signaler à l’arbre voisin une menace que son génome reconnaît.
C’est pour ça que les automnes d’Europe sont surtout jaunes (la plupart des espèces ne font pas d’anthocyanes), tandis que les forêts du Québec ou du Vermont s’enflamment de rouge : elles comptent beaucoup plus d’arbres qui fabriquent ce pigment.