À 3 heures, il sera 2 heures
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, les horloges de France métropolitaine reculent d’un cran. À 03 h 00, elles reviennent à 02 h 00. Cette nuit-là compte une heure de plus, et chaque minute entre 02 h 00 et 03 h 00 est parcourue une seconde fois.
Ce geste n’est pas un choix national isolé. Une directive européenne du 19 janvier 2001 fixe la règle pour tous les États membres de l’Union : bascule le dernier dimanche de mars et le dernier dimanche d’octobre, à 1 heure du matin en temps universel coordonné. Toute l’Union change au même instant physique. L’heure affichée dépend du fuseau : l’Union en compte trois.
Deux guerres, deux chocs, deux créations
L’heure d’été naît en France en 1916, pendant la Première Guerre mondiale. Le motif porté dans les débats parlementaires d’avril de cette année-là tient en une phrase : ne négliger aucune source d’économie en temps de guerre. L’idée vient de Grande-Bretagne ; d’autres pays en guerre l’adoptent la même année. La mesure revient chaque été, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Deux heures d’avance sur Greenwich : c’est ce qu’impose l’heure allemande pendant l’Occupation. En 1945, un décret supprime l’heure d’été et fixe l’heure légale française à Greenwich plus une heure, toute l’année. Un compromis entre l’heure de l’occupant et celle du fuseau géographique. Aucun changement saisonnier entre 1945 et 1976.
Puis le choc pétrolier de 1973 rend l’énergie chère. Un décret du 19 septembre 1975 rétablit l’heure d’été à partir du printemps 1976, pour réduire l’éclairage artificiel du soir. La mesure est alors présentée comme provisoire.
Ce que mesurent les études de santé
Des effets ponctuels ont été mesurés, chacun attaché à une saison et à un pays. Une méta-analyse de sept études, publiée en 2019 dans le Journal of Clinical Medicine, relève une légère hausse du risque d’infarctus dans les deux semaines qui suivent un changement d’heure : de l’ordre de 5 %, mais cette hausse ne franchit le seuil de significativité qu’après le passage de printemps ; après celui d’automne, aucun effet n’est démontré.
Au Danemark, une étude portant sur 185 419 épisodes dépressifs unipolaires diagnostiqués à l’hôpital observe une hausse de 11 % du taux d’incidence après le passage à l’heure d’hiver. L’effet se dissipe en une dizaine de semaines. Aucun effet équivalent au printemps.
Le bilan global, lui, reste ouvert. La Commission européenne l’écrit dans sa proposition de 2018 : les preuves ne permettent pas de conclure, effets positifs et négatifs mis en balance.
Le dossier européen de la suppression
En 2018, la Commission européenne propose de supprimer les changements saisonniers. Une consultation en ligne recueille environ 4,6 millions de réponses, participation record ; 84 % des répondants se prononcent pour la fin du système. En France, une consultation de l’Assemblée nationale en 2019 rassemble plus de deux millions de participants, dont 83,71 % favorables à la suppression.
Le 26 mars 2019, le Parlement européen vote en faveur de la suppression : 410 voix pour, 192 contre. Il visait la fin des changements en 2021. Mais ce vote ne suffit pas à faire loi : il faut aussi l’accord du Conseil de l’Union, qui représente les gouvernements. Cet accord n’est jamais venu. Des États ont demandé des analyses d’impact. Chaque pays devrait choisir son heure permanente, et ces choix devraient s’accorder entre voisins pour ne pas créer un enchevêtrement de fuseaux. En octobre 2025, l’Espagne a relancé le dossier au Conseil, avec le soutien de la Finlande et de la Pologne. En septembre 2026, aucune décision de suppression n’existe.
Le décret de 1975 instaurait une mesure provisoire. En 2026, elle s’applique depuis cinquante ans. Aucune date de fin n’a été fixée.
